lundi 10 mai 2021

Quelques veilleurs sur ma route

  En 2019, j'ai choisi de devenir veilleuse, en rejoignant la  Fraternité Spirituelle des Veilleurs.  Pas seulement parce qu'il s'agit d'un "tiers-ordre protestant" et que j'avais besoin de prier ! Mais aussi et surtout parce que veiller est l'un des sens profonds que je voulais donner à ma vie. 

Au cours de mon existence, j'ai rencontré plein de personnes qui sont des veilleurs/veilleuses sans le savoir et qui m'ont apporté tendresse et joie, chacune à leur manière.

Veilleuse, cette personne qui sème plein de graines avec amour dans son jardin, sans forcément savoir ce qui poussera ensuite.

Veilleuse, cette grand-maman qui reste attentive à ce que les moineaux trouvent toujours de quoi picorer dans les petites maisons de bois et à ce que son vieux chat ne joue pas trop avec les libellules. 

 


Veilleurs, ces deux personnes âgées qui s'aiment encore très fort, comme au premier jour, comme si chaque jour leur relation était à redécouvrir.

Veilleur, cet adolescent qui milite pour l'écologie, pour un monde plus beau et plus respirable, pour toutes les générations à venir.

Veilleurs, ces parents qui racontent une histoire à leur enfant, juste avant le seuil de la nuit. Même s'ils referment la porte doucement, ils restent à l'écoute, ils ne sont pas vraiment partis.

Veilleur cet artiste peintre qui sait trouver, dans le visage de chacun, cette teinte particulière qui fait que chaque personne est unique.

Veilleur ce médecin qui voit dans son patient la personne qu'elle est, pas seulement sa maladie.

Veilleur ce professeur qui décèle les dons de ses élèves et qui les aide à déployer leurs ailes.

Veilleur ce manœuvre qui met tant de minutie dans chacun de ses gestes, malgré la rudesse de son travail qui, jour après jour, se répète.

Veilleuse cette étoile, la dernière qui veille dans le ciel, afin qu'il reste toujours un peu de lumière.

Enfin, veilleuse cette mésange, la première qui chante chaque matin pour dire à quel point la vie vaut la peine d'être vécue.

Pour toutes ces personnes, j'ai choisi de veiller. Et vous, quel(s) veilleur(s) avez-vous déjà croisés ?

 



mercredi 17 mars 2021

Foi et diabète


 Depuis toute petite, je suis diabétique. Le fameux handicap de la digestion du sucre. Incurable, d'après ce que l'on m'a toujours dit. Or, depuis cinq ans déjà, mes glycémies (taux de sucre dans le sang) ont chuté de manière drastique. Du coup, les doses d'insuline que je dois m'injecter tous les jours (l'hormone qui me permet de digérer les sucres) aussi. Vous voulez des chiffres ? Un diabétique de type 1 adulte s'injecte en moyenne 1 unité d'insuline par kilo de son propre poids. Pour moi, je ne m'injecte plus que 0,3 unités par kilo. À défaut d'être dans les normes, on est dans l'énorme. Ou plutôt dans l'énormément petit.

    La raison d'une telle chute de mes glycémies ? Jusqu'à aujourd'hui, je ne la connais pas, mais je formule une hypothèse. En regard de plusieurs expériences, plus je consomme des aliments simples, modestes et non-modifiés (une salade qui ne contient qu'une salade, du riz qui ne contient que du riz, des fruits qui ne contiennent que des fruits, etc.), plus mes glycémies sont basses. En revanche, plus je mange des aliments industriels, trop lourds, trop préparés, plus mes taux de glycémie sont hautes. Il y a ici une corrélation entre les aliments qui sont nocifs à mes glycémies et les aliments qui sont nocifs à autrui, à la biodiversité. En revanche, une alimentation respectueuse des autres êtres humains, de la nature et des animaux produira d'excellents résultats.

     En ce sens, j'aime beaucoup la citation du poète Francis Thomson : "Celui qui cueille une fleur dérange une étoile." Une citation qu'il me semble avoir expérimentée avec mon diabète. Tous les éléments de la terre sont en lien les uns avec les autres. Et lorsque je me fais du bien à moi-même, je fais du bien à mon voisin aussi. Dans la foi chrétienne, on trouve un enseignement du même ordre : "Aime ton prochain comme toi-même." L'injonction met ici deux pôles dans la balance: l'autre et moi. Il n'y a pas de hiérarchie entre l'amour que je dois porter à moi-même et l'amour que je dois porter à l'autre. Les deux sont à égalité. Les deux plateaux de la balance sont parfaitement équilibrés. L'amour de soi est étroitement lié à l'amour de l'autre. Les deux fonctionnent ensemble.


     Je change maintenant de texte biblique. Au premier siècle de notre ère, Paul écrivait: "Et pour que je ne sois pas enflé d'orgueil, à cause de l'excellence de ces révélations, il m'a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m'enorgueillir" (2 Corinthiens 12,7). Une écharde dans la chair, un cathéter dans la peau, c'est un peu du pareil au même, non ? Ou du moins, cela se ressemble. En tant que diabétique, ce verset me parle beaucoup. Avoir une écharde dans la peau (le cathéter de ma pompe à insuline), cela revient un peu à avoir un marteau de Damoclès au-dessus de sa tête. À chaque fois que je cède au désir de manger des plats trop lourds et tout préparés, à chaque fois le marteau tombe et porte un coup sur ma santé. Un coup qui retombe sur l'environnement aussi. Tout le monde est frappé. Pour moi, le cathéter, l'écharde, l'"ange de Satan", c'est un peu tout cela en même temps.


    Mais une guérison est-elle seulement possible ? Avec mes glycémies si basses, ai-je seulement le droit d'espérer ? Avec mes doses d'insuline ridicules, avec ma recherche de la sobriété à tout prix, je me suis souvent dit que oui : avec de la persévérance, avec de la patience et des efforts supplémentaires, il me semblait pouvoir le faire. Mais les glycémies descendent et remontent. J'oscille souvent entre l'espoir le plus fou et la résignation. Un jour plutôt oui, un jour plutôt non. Pour une éventuelle guérison, je remets ma situation entre les mains de Dieu. Lui seul sait ce que je vis et ce que je fais tous les jours. Lui seul sait si ma consommation de sucre pourra à nouveau faire feu !

lundi 1 février 2021

Construire un cathédrale

 
Depuis trois ans, je suis en train de construire une cathédrale. Difficile à croire ? Après ses études de Théologie, Stella se reconvertit dans le bâtiment. Mais attention, mon chantier à moi n'est pas constitué de pierres, de marbres, de pelleteuses et de grues. Non, mon chantier se compose uniquement de notes de musique !


Depuis environ trois ans, me voici lancée dans Le Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach : une œuvre monumentale, deux cycles de préludes et fugues sur tous les tons possibles et inimaginables de la gamme. Au début, j'avais déchiffré les deux premiers préludes et fugues pour des examens. Aucun de ces examens n'avaient été brillants mais, pour une raison X, je me suis accrochée à ces morceaux, jusqu'à les savoir par cœur. Par désir d'aller plus loin, je me suis ensuite mise le troisième prélude et fugue dans les doigts, puis le quatrième... 

Aujourd'hui, je suis assez déterminée à continuer ce Clavier bien tempéré... jusqu'au bout ? En tout cas, jusqu'où je pourrai ! Tout, dans cette œuvre, me fait penser à la grandeur d'une cathédrale. Tout, dans cette œuvre, stimule en moi un état de prière. Les différentes pièces s'enchaînent sans un à-coup, s'imbriquent parfaitement les unes dans les autres comme les pierres d'un édifice. Dans le premier prélude et fugue, il y la majesté d'un dôme : beaucoup de rondeur et de luminosité. Dans le deuxième prélude, s'esquissent les gargouilles et les gouttières d'un édifice gothique, dans lesquelles dévalent les grandes eaux d'une averse. Dans le troisième, nous trouvons l'allégresse des fleurs et de frises végétales. Dans le quatrième, les notes invitent le musicien à la prière. Et dans le cinquième ?..

Dans le monde qui nous entoure, il est possible de voir beaucoup de cathédrales. Par exemple, dans la structure étudiée d'un flocon de neige ou dans l'architecture d'une toile d'araignée, tendue sur une ogive en rosiers. Les gens qui me connaissent savent aussi que j'apprécie particulièrement les vitraux que l'on trouve dans les ailes des libellules. ;) 

 

Dans sa première Épître aux Corinthiens, Paul écrit: "Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes?" 1 Co 6,19. 

Ainsi, à chaque fois que j'ai pris soin de mon corps (éviter les sucres ajoutés, maintenir l'exercice physique, un sommeil régulier, éviter le stress, prendre soin de ma spiritualité), j'ai contribué à construire cette cathédrale que Dieu m'a donnée. De même, à chaque fois que j'ai pris soin des personnes que j'aime, de la création tout autour de moi, alors j'ai ajouté une toute petite pierre à un édifice sacré. Du moins, je l'espère.

 À la fin de ses compositions, Bach signait souvent de ces trois lettres: SDG, Soli Deo Gloria, À Dieu seul la gloire. C'est une devise que l'on pourrait appliquer à tant d'autres domaines artistiques (danse, cuisine, couture, sculpture, peinture, constructions de cathédrale), à la nature elle-même ou encore à de nombreuses nombreuses œuvres d'entraide. Lorsque l'homme donne de lui-même pour aider ses semblables, alors il fait fructifier la vie, alors il bâtit un temple.

 Je finis ici mon texte sur une chanson de Walt Disney, Pensez aux petits oiseaux, dans laquelle il est aussi question d'une cathédrale : la cathédrale de Saint-Paul à Londres. Lorsque je pense à cette chanson, je me demande toujours: quels oiseaux ai-je nourri ? Quelle cathédrale suis-je en train de créer dans ma vie ? 


mercredi 30 décembre 2020

Une histoire de chameau et de Lumière

 

    Et si j'essayais de mettre des mots sur cette Lumière qui a croisé ma route, quels mots me viendraient en premier à l'esprit ? L'exercice me paraît difficile, puisque mon récit compte plusieurs fils: un voyage, une indigestion, une maladie, la fascination des grands espaces... Mais je vais quand même essayer de démêler la pelote et de vous raconter ce que j'ai vécu.

    Mongolie 2012: un voyage que m'avait offert ma famille à l'occasion de mes vingt ans. Une destination de rêve que j'avais choisie parmi tant d'autres. La Mongolie avait eu ma préférence pour son désert, le Gobi, pour ses montagnes, pour ses populations nomades ainsi que pour ses chameaux de bactriane et ses chevaux de Przewalski: deux animaux qui me faisaient rêver depuis toute petite.


    L'histoire commence aux dunes de Khongor, dans un campement de yourtes où notre petit groupe s'était arrêté pour la nuit. C'est dans cette soirée, alors que le désert allumait ses étoiles, que l'indigestion est survenue. Une bête indigestion de touriste qui ne supporte pas la nourriture locale. Un événement qui n'aurait été d'aucune importance si mon diabète de type 1 ne s'était pas ajouté par-dessus.

    Le diabète de type 1, en une phrase: un corps qui ne sait plus gérer son sucre tout seul. En ce temps-là, je gérais mon handicap avec des piqûres quotidiennes. Je n'avais pas encore la fameuse pompe à insuline pour faire face à mon diabète. En ce temps-là, une indigestion signifiait pour moi un manque de sucre drastique, presque instantané. Pour ne pas tomber dans les pommes, il fallait me resucrer à tout prix après avoir régurgité, idéalement au moyen de tisanes, miel ou eau sucrée. Et si le corps refusait d'assimiler le sucre ? Alors c'était l'hôpital. Oui, mais l'hôpital en plein désert ?

    La yourte où j'étais ressemblait à toutes les autres yourtes alentour: deux lits contre les bords de la tente, des commodes de bois orangé, un poële allumé au centre de la tente pour tenir bien chaud. À la tête de mon oreiller, un petit chameau me regardait: un chameau en peluche acheté à Oulan-Bator. À ce moment de mon histoire, il ne portait pas encore de nom.

    C'est en rentrant dans ce petit cocon que tout le repas repassa. D'un coup, je sentis ma tête tourner, mes jambes vaciller et mes yeux se flouter. J'eus le réflexe de tout de suite me jeter sur mon lit pour ne pas tomber plus bas. Dans mon souvenir, j'ai crié très fort pour appeler à l'aide, mais je ne sais plus vraiment quoi. La porte s'est ouverte très peu de temps après. C'était Nara, la guide mongole qui accompagnait notre voyage. Je me souviens de sa présence protectrice à côté de mon lit. Pendant toute la nuit, elle me faisait les piqûres au bout du doigt pour vérifier la glycémie (le taux de sucre dans le sang) et essayait de me faire boire un thé sucré. À un certain moment de la soirée (de la nuit ?...), elle m'a aussi massé les pieds : un massage vigoureux à la mongole. Si j'avais eu plus de force, j'aurais peut-être crié: - Saute plutôt dans mon estomac, c'est là que ça brûle ! Au milieu du Gobi, j'avais à la fois le feu au ventre et les pieds gelés.

    À côté de Nara, une jeune femme, traductrice en formation, était elle aussi venue apporter son aide. Je les entendais discuter les deux en mongol: une langue râpeuse et rêche, qui joue beaucoup sur le souffle, qui imite à sa manière les bourrasques du désert. Pour m'encourager, Nara me disait: - Pense à autre chose, pense aux chameaux que nous verrons demain, pense au désert. C'est plus ou moins à ce moment-là que je suis partie, mais partie où ?

    J'avais l'impression d'avoir glissé dans un sommeil profond qui n'était pas vraiment un sommeil. Je pouvais distinguer des dunes dans le lointain, mais comme environnées d'une espèce de brume. Je pouvais apercevoir un soleil à l'horizon, mais de manière très indistincte et très floue. Autour de moi, tout était chaleur et lumière. Non pas cette chaleur sèche et aride du désert, mais une chaleur faite de Douceur et de Tendresse. Les majuscules sont importantes. Si je pouvais mettre d'autres mots sur cette lumière, ce serait: Amour, Confiance, Sécurité, Sérénité, Infini, Absolu tous des mots avec des grandes lettres.

    Et Dieu ?... Au moment où j'écris cette histoire, en 2020, j'allierais volontiers cette Lumière à ce que je crois savoir de Dieu. Au moment où je l'ai vécu, en 2012, j'avais encore une conception de Dieu trop humaine pour allier les deux univers.

    De tous mes souvenirs de Mongolie, beaucoup se sont effacés. Cependant, l'évocation de cette Lumière garde toujours la même intensité. Il y avait, dans cette Lumière, quelque chose qui a rencontré ma fragilité: un amour profond qui vous embrasse tout entier. Il y avait aussi quelque chose, un tout petit rien, une toute petite miette d'immensité ou d'éternité.

    Toute entourée de cette Douceur, je me suis alors sentie "aspirée" dans mon corps. "Aspirer": un verbe qui me paraît étrange, car il ne me semblait pas avoir été "expirée" ou "expulsée" de mon corps auparavant. Cependant, "aspirer" est le seul verbe qui me vient maintenant. Faisons fi de la logique ! J'ai donc retrouvé les sensations de mon corps: le froid, le ventre qui brûlote, mais toute sensation de peur était partie. Pour une raison X, j'étais remplie de cette certitude absolue que je ne risquais plus rien et que tout était fini.

    Dans la yourte, Nara et la jeune traductrice étaient sorties, probablement en quête d'un sommeil bien mérité. Il n'y avait plus personne autour de mon lit. En revanche, mes deux bras serraient très fort le petit chameau en peluche. À mon retour en Suisse, je lui donnais finalement le nom de Nara: le nom de la guide, un terme féminin de la langue mongole qui signifie "soleil". Dans mon esprit, il s'agit d'un Soleil avec un grand S: une trace de cette Lumière avec un grand L que je n'oublierai jamais.

Quelques images du voyage en Mongolie

vendredi 27 novembre 2020

Une boîte à outils

 


     "J'aimerais bien prier, mais mes mots sont trop petits, trop ridicules. Mes phrases sont trop maladroites." Il m'est souvent arrivée d'avoir une telle pensée devant Dieu, d'avoir de la difficulté à prier et, au final, d'abandonner. Une solution de facilité qui ne me satisfaisait guère, qui me laissait de l'amertume entre les lèvres, un sentiment d'inaccompli. La question revenait sans cesse: comment prier quand mes mots sont trop petits ? Au fil de mon parcours spirituel, je me suis alors constituée une boîte à outils:

    La prière du coeur: il s'agit simplement de prononcer le nom de Jésus en hébreu, Yeshua, qui veut dire "Dieu sauve". Incroyable mais vrai: le seul prénom du Christ constitue déjà une prière. La formule bien connue Kyrie Eleison, "Seigneur, prends pitié" signifie la même chose. Yeshua, Kyrie Eleison: ce sont là des mots porteurs de souffle. L'optique de la prière du coeur serait de les laisser descendre en soi-même et de les caler au rythme de sa propre respiration.

    Lorsque je ne trouve pas mes mots pour prier, peut-être que je n'ai effectivement rien à dire, ou du moins rien d'important. Il me suffit alors de garder le silence et de me tenir simplement dans la présence de Dieu. Même si je ne lui dis rien, cette attitude est déjà une prière. Dans son livre Prier dans le silence du coeur, Frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, écrivait: "Dieu de toute éternité, même quand tout est silence en nous, notre coeur te parle, il prie, et nous nous abandonnons en toi."

    Il m'arrive aussi de prier avec les mots d'Ho'oponopono. Là, il ne s'agit pas d'une tradition chrétienne. Très ancienne prière hawaïenne, Ho'oponopono était pratiquée par les guérisseurs, convaincus que les malades ne pouvaient se remettre sans une guérison intérieure. Les 4 mots de la prière sont: Je suis désolée - S'il te plaît, pardonne-moi - Merci - Je t'aime. Dans le fond, ces quatre mots se retrouvent dans la Bible et dans les langages de toute la Terre. Moi aussi, j'aime bien dire à mon Dieu: Je suis désolée - S'il te plaît, pardonne-moi - Merci - Je t'aime.

    Lorsque je n'ai rien à dire à Dieu, il m'arrive souvent de prendre la plume. Le soir, avant d'aller me coucher, j'ai souvent l'habitude d'écrire dans un petit carnet trois point positifs (ou constructifs) de ma journée : trois raisons pour lesquelles je pourrais remercier Dieu. Au début, j'avais de la difficulté: que c'était difficile de savoir compter jusqu'à trois! Et puis, petit à petit, ma liste s'est allongée. Le chat qui m'a embêtée, un sourire, un café partagé, quelques mots échangés avec une personne inconnue dans la rue, un petit rayon de soleil qui m'a réchauffée: tous ces petits riens finissent par être consignés dans mon carnet. Tant et tant de motifs pour lesquels exprimer sa gratitude !

    Apprendre un texte biblique par coeur. Cela se faisait au temps de mes grands-parents. Peut-être est-ce un peu démodé aujourd'hui. Dommage ! Au cours de mon parcours spirituel, j'ai eu l'occasion de mémoriser trois textes bibliques : le Notre Père, le Psaume 23 en entier et les Béatitudes de l'évangile de Matthieu. Je les utilise souvent quand je n'arrive pas à prier avec mes propres mots. À force de les avoir récités, il arrive souvent qu'ils me reviennent d'eux-mêmes à l'esprit, un peu comme une surprise, sans que je ne l'aie décidé. Des prières impromptues et non planifiées !

    L'intercession. Quand je n'ai pas de belles phrases pour intercéder, c'est-à-dire pour remettre à Dieu tel ou tel ami, telle ou telle situation compliquée, alors je cite simplement les prénoms qui me viennent à l'esprit. Je les enchaîne comme des perles sur un collier. Je pense fortement à chacun des noms que je cite, mais je n'ai pas forcément besoin d'orner le tout de belles phrase élaborées.

    Enfin, quelques mots pour la musique. Quand mes propres mots sont fades, il m'arrive de prier avec des notes, de préférence celle de Jean-Sébastien Bach. Le compositeur avait l'habitude de signer ses oeuvres de ces trois lettres: SDG, Soli Deo Gloria, c'est-à-dire, "À Dieu seul la gloire". Quand je joue Bach, j'ai l'impression de construire une cathédrale. Cela me permet un petit peu de m'élever. Et tant d'autres musiques permettent de prier: chants grégorien, cantiques, chants de louange en tout genre, chants de Taizé, etc.

    Au final, ma boîte à outils est bien remplie: je peux prier d'énormément de manières, même quand l'éloquence n'est pas de la partie. Et vous, quelles sont vos clés ? Quels tournevis utilisez-vous quand vos mots sont trop petits pour prier ?

                                                                                            Stella, 28.11.2020.

jeudi 12 novembre 2020

Limitez les contacts, mais n’oubliez pas de toucher !


            « Pas de contacts », « sans contacts », « limitez les contacts », « appliquez les distance »: avec la pandémie, ces mots sont devenus virulents dans les journaux, newsletters et annonces en tous genres. À chaque fois que je les lis, ils me font l’effet d’un coup de marteau sur la tête, le coup de trop qui enfonce dans la solitude: « pas de contacts », « maintenez les distances ».

            Le covid, comment ça s’attrape ? Je ne sais pas, il me suffit d’entendre ce mot, ainsi que tous ceux qui y font référence, pour que cela me rende malade. Il me suffit d’entendre ces deux syllabes pour que j’ai envie de les déglutir.

            Alors, dans ce contexte si particulier, je me suis prise à réfléchir à ce que signifie le mot « contact ». Du verbe latin « tangere », qui a aussi donné « contagion », il signifie très littéralement : « avec toucher ».

            « Avec toucher ». Dans le domaine artistique, on dirait plutôt « avec doigté », désignant ainsi la dextérité du pianiste ou la sensibilité du cuisinier qui a su ajouter à son plat le tout petit rien qui manquait. « Avec toucher »: c’est ajouter ce tout petit rien dans la vie de l’autre qui lui permette de se sentir aimé. « Avec toucher », cela signifie aussi « avec tact »: c’est le même mot. De mon côté, il s’agit encore d’une qualité à développer.

            Prenons maintenant ces mots dans l’autre sens: « toucher avec ». Il existe d’innombrables manières de savoir toucher: toucher avec la tête, toucher avec le cœur, il dit oui à ceux qu’il aime, il dit non au professeur. Ah zut ! Je viens de citer du Prévert ! Ce n’était pas le bon sujet. Cela dit, il est tout à fait possible de toucher avec une poésie offerte, avec une toute petite pointe de tendresse ou encore le tracé d’une lettre. Il est possible de toucher ses proches avec un sourire, avec un bouquet de fleurs installé sur la table (surprise !), avec un café pendant le petit-déjeuner ou un zeste d’humour.

            Toucher avec des chaussettes ! Eh oui, le coronavirus ne m’a pas encore paralysé les doigts. Si je sais tricoter, alors je peux offrir. Je peux aussi toucher avec un morceau de musique (en direct, pour mes colocataires, ou mis en ligne), je peux touchez mes proches avec de la peinture ou des brownies. Je peux toucher avec de l’amour ou de l’amitié. Même à distance, c’est facile !

            Il reste tant de belles manières de toucher sans contagion. Dans la nature, le soleil apporte chaleur et lumière (eh oui, même en hiver !) sans être tout proche, à nos côtés. Et moi, arriverai-je à être un petit rayon de soleil pour les gens qui ont besoin d’une présence, d’un peu de courage ou de gaieté ?

            Dans l’évangile de Matthieu, nous trouvons ces versets splendides qui disent: « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». En tant que « chrétienne », « Limiter mes contacts » ne me dispense pas de ce devoir de sel ou de lumière. Cela vaut au moins la peine d’essayer. En ce temps de pandémie, dans cette deuxième vague qui, pour beaucoup, ronge un peu plus le moral que la première, je me permettrais d’apporter une petite variante aux mesures sanitaires: « Limitez les contacts », mais continuez de toucher, « maintenez vos distances » sans oublier de transmettre ces petites étincelles de joie et d’amitié.

                                                                                 Stella, 12.11.2020.


Quelques veilleurs sur ma route

  En 2019, j'ai choisi de devenir veilleuse, en rejoignant la   Fraternité Spirituelle des Veilleurs .  Pas seulement parce qu'il s&...